Les adages boursiers et ce qu’il faut en penser

M.à‑j. : 23 octobre 2021

Les boursophiles adorent les petites phrases qui rappellent des vérités qui se veulent universelles. Il est vrai que les adages boursiers sont souvent très justes ! Il faut cependant se méfier de certaines affirmations un peu trop catégoriques. 

Petit tour d’horizon de quelques proverbes boursiers dont certains sont bien de chez nous (et donc formulés en français) et d’autres viennent des Etats-Unis (et sont donc généralement formulés en anglais). 

Le marché a toujours raison

La bourse peut être cruelle, elle peut balayer un raisonnement brillant en quelques séances. Il n’y a qu’un seul juge : les résultats. Soit vous gagnez, soit vous perdez. 

Qu’en penser ? Le jeu du marché peut décourager certaines personnes, particulièrement des esprits brillants habitués à élaborer des théories et à avoir raison. Il est possible de tirer de cet adage deux séries de préconisations :

  • Faire avec des éléments incertains : en bourse, il faut prendre conscience qu’on ne peut maîtriser tous les éléments. Par exemple, si tous les éléments en votre possession vous font penser que le pétrole va monter, vous ne maîtriser pas les éventuellement découvertes qui seront faite, la survenue d’une crise économique réduisant drastiquement la demande, etc. Bref, vous n’avez pas établi une prédiction, mais simplement une probabilité qui nous conduit au deuxième impératif.
  • Diversifier : une idée boursière, aussi brillante soit-elle, ne doit pas guider tout votre portefeuille. Nous venons de le voir, votre idée a des chances non négligeables d’échouer. Par contre, si vous avez plusieurs idées, vous pourrez juger dans quelque temps de vos capacités à élaborer des thèses d’investissement valables, sachant que vous n’aurez jamais juste à 100%. Même Warren Buffett a échoué à des nombreuses reprises alors que c’est le meilleur investisseur de ces 100 dernières années.

La diversification, c’est pour ceux qui ne savent pas ce qu’ils font

C’est une citation de Warren Buffett prononcée lors du meeting annuel de Berkshire Hathaway en 1994 : « Diversification is a protection against ignorance. [It] makes very little sense for those who know what they’re doing. ». Cruel pour les investisseurs hyper diversifiés comme Peter Lynch. 

Qu’en penser ? Alors que Buffett est généralement un maître de la formule simple et réutilisable, celle-ci n’est pas à mettre entre toutes les mains. Je pense même qu’elle est dangereuse pour la majorité des investisseurs pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, n’est pas Buffett qui veut. Le personnage est hors norme, doté d’un talent pour les affaires depuis l’enfance, d’une mémoire phénoménale et d’une très grande intelligence nourrie par des sources auxquelles les particuliers n’ont pas accès. On retrouve ce type de mépris pour la diversification chez Philip Fisher. Ce dernier n’hésite pas à appeler les anciens employés d’une société ou ses principaux clients pour comprendre ce qui s’y passe. Ce type d’investisseur peut dire qu’il n’ignore rien des entreprises dans lesquelles il investit. Je doute que ça soit votre cas.
  • Buffett répond souvent de manière abrupte lors de ses « shows ». Ça fait partie du spectacle. C’est d’ailleurs encore plus vrai pour Charlie Munger. 
  • Le sujet de la diversification n’est à ce point pas tranché qu’il a suscité des crispations entre Buffett et son mentor Benjamin Graham. Ce dernier était très attaché à la diversification au point que la réécriture de Security Analysis avec Buffett s’est trouvée bloquée par leur désaccord sur ce point. Aujourd’hui, les très bons résultats de la gestion indicielle (par définition diversifiée) ne laissent pas beaucoup de doute sur les vertus de la diversification pour le commun des mortels.

Don’t fight the FED

La banque centrale américaine (FED) est la plus puissante au monde. Elle se trouve au cœur du système capitaliste. Cet adage rappelle qu’il est particulièrement dangereux de se positionner contre la politique de la FED, car elle dispose de tous les outils pour atteindre ses buts. Par exemple, si l’objectif affiché de la politique monétaire aux Etats-Unis est de relancer l’économie par une politique de taux bas, toute stratégie pariant sur une remontée de taux est dangereuse. 

Qu’en penser ? Alors que « Don’t fight the Fed » était déjà un adage important, c’est maintenant LA règle fondamentale à suivre sur les marchés. Les politiques de taux zéro (ZIRP) et d’injection de liquidité massive (QE) rendent possibles des situations que l’on ne pouvait pas imaginer il y a quelques années. L’arsenal de la FED, mais aussi de la BCE et de la BOJ, s’est considérablement renforcé en usant de ces politiques non conventionnelles. Lorsque, comme c’est le cas en ce moment (2021), la priorité des banques centrales est la relance de l’économie (et le soutien des marchés…), se mettre en travers du chemin de la FED est suicidaire. 

Attention, il ne s’agit pas d’une garantie. Certains parlent du « put banque centrale », ce qui est trompeur. Les politiques de taux très bas et de QE devront un jour prendre fin. Ce sera peut-être l’inflation qui amènera la FED à changer de direction, rien n’est encore écrit. Dans tous les cas, le moment venu, les taux vont remonter et les valorisations des actions se contracter. Se placer contre ce mouvement sera extrêmement risqué : « Don’t fight the Fed » vaut pour tous les environnements. 

Sell in may and go away

La presse adore les marronniers et justement, lorsque les marronniers sont en fleurs, elle titre en général sur cet adage. Il faudrait vendre en mai et sortir du marché au moins jusqu’en octobre pour éviter les « pire mois de l’année ». Généralement, cet adage est vu comme une sorte de superstition sans fondement réel. Il serait bienvenu d’éviter les sarcasmes, car de nombreuses études citées par Forbes font état en moyenne d’une sous-performance du marché américain pour la période mai-octobre.

Qu’en penser ? Aucune raison de vendre en mai malgré les stats ! Les moyennes sont ce qu’elles sont. Il y a de bons étés, d’autres sont mauvais. C’est impossible à prévoir. Il faut l’accepter lorsque l’on investit pour le long terme.

Qui aurait voulu sortir du Nasdaq 100 en mai 2020 pour revenir en octobre serait passé à côté d’un très beau rally estival. 

De plus, les explications généralement avancées pour expliquer la dangerosité de l’été tiennent de moins en moins. La torpeur estivale générerait des mouvements d’autant plus violents qu’il y a peu d’intervenants sur les marchés à cette période. Il est vrai que les humains prennent des vacances, les robots restent en place. Si on craint un emballement des robots, l’été peut être une période propice, mais rien ne dit que les humains sont finalement plus stables que les algorithmes. Enfin, vendre en mai, c’est vendre après les résultats annuels. L’idée que le marché passe cette partie de l’année sans catalyseur fondamental ne tient toutefois pas compte de l’importance prise par les résultats trimestriels. 

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel

Il s’agit d’une mise en garde face à des hausses excessives. À un moment, la hausse va s’arrêter ou se ralentir, même sur les meilleures actions, même dans les plus beaux des bull markets. Ce beau conseil à l’apparente logique est pourtant trompeur.

Qu’en penser ? Ce dicton est surtout utile pour les trades de court terme. Pour l’investissement, il n’a pas d’utilité pratique évidente. Il peut même être contreproductif. En 1997, si les investisseurs sur LVMH, alors que l’action venait de doubler, s’étaient dit « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, vendons », ils auraient raté les 1500% de hausse depuis…

Bref, si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, ils peuvent continuer de grandir pendant très très longtemps.

Time in the market beats timing the market

Ce que l’on appelle le market timing est un sport très risqué. Il consiste à attendre un creux de marché avant d’investir et à vendre proche des sommets. À la lecture d’un graphique de long terme, cette idée vient généralement rapidement à l’esprit d’un débutant. 

C’était donc si simple ! Il suffisait d’investir en mars 2008 pour faire une super performance. À moins que…

En réalité, investir au meilleur moment est impossible. D’abord, parce que le meilleur moment n’est connu qu’a posteriori. Ensuite, parce que celui qui n’a pas la psychologie pour investir quand les marchés montent ne l’aura pas lorsqu’ils baissent violemment.

Le market timing est encore plus risqué lorsqu’il pousse à vendre après une belle hausse pour « prendre ses bénéfices » ou « revenir quand le marché sera moins cher ». 

Qu’en penser ? Que du bien ! Vendre et acheter conduit la majorité des investisseurs à des performances très médiocres tout en payant des frais et des impôts alors qu’il suffit généralement de rester investi par tous les temps pour obtenir des résultats supérieurs. 

Le bon moment pour investir, c’est quand tu as de l’argent

Le meilleur moment, c’était hier, mais certainement pas demain. Celui-là n’est pas très connu, mais il m’a marqué lorsqu’on me l’a dit. Il ressemble à « time in the market… », mais il lui apporte une dimension opérationnelle : le bon moment pour investir c’est maintenant. 

Qu’en penser ? Il s’agit d’un très bon conseil, sauf pour ceux qui n’ont pas de bol. Je pense à ceux qui vont investir une grosse somme pile au sommet. Ça peut être difficile à vivre, même si le temps répare généralement les erreurs de timing. Pour éviter d’investir au plus haut, on peut opérer un DCA avec une somme importante (investissement d’une somme fixe tous les mois pendant x mois). Statistiquement, ça ne bat pas l’investissement d’un coup, mais psychologiquement, c’est autre chose !

Quand Wall Street éternue, Paris s’enrhume

Cet adage vient d’un constat empirique : la bourse de Paris fait souvent pire que la bourse américaine lorsque ça baisse. Ce n’est pourtant pas toujours vrai ! Lorsque ça l’est, c’est souvent simplement le reflet de la composition de l’indice parisien chargé en bancaires. Plus fondamentalement, la bourse de Paris a une performance de long terme plus faible que la bourse américaine. C’est le reflet de la faiblesse de l’économie française et de ses entreprises depuis les années 1980. Face à une crise, un décrochage de la bourse de Paris plus important que celle de New York peut alors témoigner d’une fragilité structurelle de l’économie française et de ses entreprises. 

Qu’en penser ? S’il n’est pas toujours vrai, cet adage nous rapelle que la performance de la bourse américaine est sur longue période supérieure à la bourse française. Il peut être vu comme une incitation à s’exposer aux marchés américains pour leur dynamisme et leur résilience. Les investisseurs français sont souvent, il est vrai, trop exposé à leur marché domestique.

Les marchés prennent les escaliers pour monter et l’ascenseur pour descendre

Il s’agit d’une simple observation : les baisses sont généralement plus violentes et rapides que les hausses. Sur un graphique, ça se perçoit souvent très bien.

Qu’en penser ? L’utilité pratique de ce constat peut sembler réduire. Pourtant, s’en souvenir pendant les phases de panique peut aider à ne pas vendre au mauvais moment. Il est juste normal que le marché panique de temps en temps. Il remontera un jour. Par l’escalier.

La bourse brule ce qu’elle a adoré

Ce dicton sous-entend que les secteurs à la mode et les actions plébiscitées aujourd’hui seront massacrés demain. Si ça peut être vrai, c’est plutôt l’exception que la règle !

Qu’en penser ? En règle générale, les belles entreprises que le marché valorise richement restent appréciées sur le long terme. Il ne faut donc pas comprendre cet adage comme « n’achetez pas ce qui a monté par le passé ». C’est même souvent tout le contraire !

Toutefois, il y a bien des cas où la bourse brule ce qu’elle a adoré. Principalement, dans deux hypothèses :

  • En présence d’une bulle (ou du moins d’un emballement fort sur un secteur ou une valeur), la bourse brule effectivement ce qu’elle a adoré lorsque la bulle éclate. Cela se limite généralement à quelques valeurs ou à un secteur de la cote. Par exemple, l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000 a vu des valeurs encensées se retrouver à la cave. A posteriori (c’est toujours facile), la présence d’une bulle était facilement identifiable par le détachement des fondamentaux et l’engouement généralisé jusqu’à des investisseurs inexpérimentés. Face à un emballement qui présente toutes les caractéristiques d’une bulle, il est donc utile de se rappeler que la bourse brule parfois ce qu’elle a adoré.
  • Face à des valeurs cycliques, il peut aussi y avoir des phénomènes d’emballement qui conduisent la bourse à bruler ce qu’elle a adoré. Une cyclique étant une entreprise dont l’activité fluctue énormément au cours du temps, il peut arriver que lors d’une phase positive, tout le monde se bouscule pour être sur le secteur à la mode (le pétrole et l’automobile sont de grands classiques). Lorsque le cycle économique se retourne, au contraire, plus personne ne veut de ces entreprises à l’activité déclinante ce qui conduit le marché à les bruler vives. Cet adage nous rappelle alors que surfer sur les cycles est un sport dangereux.

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