Mon avis sur le PEA Boursorama

Avec 120 000 € investis sur mon PEA Boursorama, je pense m’être fait une bonne idée de ses avantages et inconvénients. En résumé, si l’offre de la banque en ligne star est très compétitive, elle présente quelques lacunes, en particulier lorsque l’on veut investir en dehors de France. Voyons ensemble les forces et les faiblesses du PEA Boursorama.

En bref : le PEA qu’est-ce que c’est ?

Le Plan d’Epagne en Actions est un compte sur lequel vous pouvez acheter les titres que vous voulez à condition de les choisir dans l’Union européenne. Les fonds investis au moins à 75% en Europe y sont également éligibles.

Le PEA est surtout une enveloppe fiscale. C’est là tout son intérêt. Vous versez une somme sur votre PEA, vous achetez, vendez et percevez des dividendes sans impôts jusqu’à ce que vous retiriez votre argent ! À la sortie, seuls les prélèvements sociaux sont dus sur le montant des plus-values. Pendant toute sa durée de fonctionnement, le PEA est donc un mini paradis fiscal. C’est un produit d’épargne particulièrement efficace à long terme. Le PEA n’étant soumis à aucun impôt tant qu’on n’effectue pas de retrait, la loi des intérêts composés s’y exprime sans entrave.

Chaque français majeur peut ouvrir un seul PEA et y placer jusqu’à 150 000€. Cette somme est décomptée « à l’entrée », un PEA peut donc avoir un encours beaucoup plus élevé que 150 000€ si vos placements prennent de la valeur. Le PEA peut être transféré d’une banque à une autre, mais on ne peut en avoir qu’un. Les procédures de transfert sont de plus assez longues. Cela limite la concurrence entre établissements. C’est l’une des raisons pour lesquelles il importe de bien choisir son courtier dès le départ.

Les avantages du PEA Boursorama

Les frais de garde sont gratuits (c’est bien normal !)

Règle numéro 1 : ne restez pas dans une banque qui vous prend des frais de garde pour votre PEA. Il s’agit d’une pratique d’une autre époque. En 2021, c’est clairement de l’arnaque ! 

On voit encore trop souvent des clients des « banques en dur » (opposés aux « banques en ligne ») payer tous les ans des frais pour simplement que la banque « garde » leurs actions. Surement parce que les actions — comme des brebis — risquent de s’en aller si le banquier-berger ne les surveille pas de très près. 

Trêve de plaisanterie, l’absence de frais de garde sur le PEA Boursorama est un avantage par rapport aux banques traditionnelles. Ce n’est pas un mystère, elles considèrent les (trop nombreux) clients qui leur restent comme du bétail. L’absence de frais de garde n’est par contre par un avantage par rapport aux autres banques en ligne, car aucune à ma connaissance ne se permet d’appliquer des droits de garde.

Les frais de courtage sont limités (c’est la loi !)

Depuis la loi Pacte de 2019, les frais de courtage sur PEA sont plafonnés à 0,5% du montant de l’ordre. Autrement dit, si vous passez un ordre de 100 €, vous aurez 0,5€ de frais et si votre ordre est de 10 000 €, vos frais seront de 50€. C’est particulièrement avantageux pour acheter des actions sur d’autres places européennes (Allemagne, Pays-Bas, Italie, etc.), car avant 2019 cela était souvent très onéreux. La loi Pacte a donc grandement limité la concurrence entre courtiers parce que 0,5% est déjà un très bon taux.

Boursorama applique bien évidemment la loi et les tarifs avantageux qui vont avec. Il y a même quelque cas où les frais de courtages peuvent descendre en dessous de 0,5%.

offres & tarifs bourse
Extrait brochure tarifaire (au 24/11/2021).

Il y a 3 offres tarifaires applicables au PEA Boursama :

  • L’offre Découverte est clairement celle qui conviendra au plus grand nombre (y compris à ceux qui ont découvert la bourse il y a bien longtemps !). Tous les frais de courtage seront plafonnés au tarif légal de 0,5% sauf pour une petite fenêtre pour les ordres entre 398€ et 500€ où les frais sont fixés à 1,99€ (au mieux, on peut donc descendre à 0,4% pour un ordre de 499€). 
  • L’offre Trader peut être intéressante pour ceux qui placent des ordres importants. À condition de réaliser au moins une transaction par mois, elle permet de bénéficier de frais de 0,22% pour les ordres de plus de 3 330€. En dessous, c’est le tarif légal de 0,5% qui s’applique. 
  • Enfin, l’offre Utimate Trader s’adresse à ceux qui réalisent plus de 30 transactions par mois. Pour les ordres de plus de 2000€, ils bénéficient d’un tarif dégressif baissant jusqu’à 0,12% au-delà de 10 000€ !

Les tarifs du PEA Boursorama sont-ils bien placés par rapport à la concurrence ?

Boursorama n’est pas réellement le moins cher du marché. À titre d’exemple, Bourse Directe propose des frais de 0,99€ pour les ordres entre 200€ et 500€ et Fortuneo descend à 0,2% de frais de transaction pour les ordres de plus de 2000€ avec son offre Optimum.

Malgré tout, je considère qu’il s’agit d’économiser des bouts de chandelles. 0,5%, c’est déjà très bas ! À moins que vous ne fassiez beaucoup d’achats et reventes sur de gros montants, économiser 0,1% ou 0,2% n’aura presque aucun impact sur votre performance de long terme. En tout cas, dans mon optique buy and hold, cela ne changerait pratiquement rien.

Par contre, il y a des frais auxquels vous ne pourrez pas échapper. Il s’agit bien entendu des impôts ! Car si le PEA est une enveloppe défiscalisée, il n’échappe pas à la taxe sur les transactions financières (TTF). Cette spécificité française que le monde entier ne nous envie pas s’élève à 0,3% du montant de l’ordre. Chez Boursorama ou ailleurs, c’est le même tarif. La TTF s’applique lors de l’achat de titres d’une entreprise dont la capitalisation boursière est de plus d’un milliard d’euros (autour 180 entreprises à la bourse de Paris).

frais de courtage + TTF
Boursorama fournit un récapitulatif du montant des frais avant de valider un ordre. Ici pour un ordre d’achat de 280 €, Boursorama prélève 1,4€ et l’État 0,84€ soit 2,24€ en tout (ou 0,8% du montant de l’ordre).

Tout est pratique (comme souvent chez Boursorama)

En dehors des tarifs canon, le principal avantage de Boursorama en tant que banque, c’est la facilité d’utilisation. En bourse, la même recette est appliquée : des gros menus, un affichage clair et une bonne intégration dans la partie bourse dans l’espace client. On peut regretter quelques lourdeurs dans l’interface, mais rien de rédhibitoire. 

Interface bourse Boursorama, vue générale
La vue synthétique de portefeuille est claire avec le total des titres, les liquidités et un indicateur de la performance sur l’année. La liste des titres détenus vient ensuite avec la mention des plus ou moins-value.

À tout moment, vous pouvez consulter le montant de vos apports et l’ancienneté de votre PEA dans l’onglet « Fiscalité ». Le bouton « Retraits » dans la barre d’outils permet lui d’obtenir une estimation des prélèvements sociaux avant d’effectuer un retrait « pour de vrai ».

La barre d’outils donne aussi accès à une fenêtre « Intros & OST ».

Introductions et OST
Souscrire à une introduction en bourse ou faire un choix pour une opération sur titres se fait très facilement.

Pour l’expérience que j’en ai, les introductions en bourse sont bien gérées. De même que les opérations sur titres et autres subtilités fiscales. Par exemple, les clients de Boursorama qui avaient des Royal Dutch Shell ont reçu plusieurs notifications pour leur signaler que cette action avait perdu son éligibilité au PEA du fait du Brexit. 

Passage d'odre
Chaque valeur dispose d’une fiche assez complète. Le passage d’ordres (à droite) peut se faire en gardant un œil sur le carnet d’ordre (utile pour fixer une limite).

Boursorama s’est d’abord fait connaître comme un site d’informations boursières. Depuis, ZoneBourse est clairement le site francophone de référence en la matière, mais il reste quelques traces du passé du Boursorama sur les fiches de chaque action, dont un forum très fréquenté, mais à la qualité souvent médiocre.

Une application est de plus disponible pour Android et iOS. Elle se révèle pratique pour consulter ses comptes en mobilité, bien qu’elle soit assez basique côté bourse.

Application Boursorama
L’application mobile Boursorama permet de consulter son portefeuille et de passer des ordres. C’est lisible, mais ça reste simple. La partie passage d’ordres (capture à droite) est en fait un renvoi vers la version mobile du site internet.

Sur ordinateur, vous bénéficiez aussi du trading board : une interface dédiée à la bourse où vous pouvez organiser vos listes de valeurs et votre portefeuille.

Trading board
Le trading board est accessible via la barre d’outils et le bouton « Mes outils boursiers ». 

Si l’outil se veut orienté « trading », il reste basique par rapport à des outils comme ProRealtime. Il n’est reste pas moins qu’il a été conçu pour favoriser un passage d’ordres intensif. Ce n’est pas ce qui m’intéresse personnellement. Le principal avantage que j’y trouve est une vision globale du portefeuille sur un seul écran. Le passage d’ordre intégré est également un plus car l’interface classique présente quelques lourdeurs assez désagréables. Les pages y sont parfois longues à se charger et il faut plusieurs clics pour revenir sur son compte après un passage d’ordres. Rien de tout cela avec le trading board.

La possibilité de bénéficier d’une avance sur titres hyper avantageuse

J’en ai déjà parlé : l’avance sur titres de Boursorama vous permet d’obtenir un crédit in fine pour un coût défiant toute concurrence (0,5% à la fin 2021 par exemple !). Le taux canon est obtenu moyennant le nantissement de vos titres. C’est une sécurité pour la banque qui peut se permettre de baisser au maximum le taux du crédit. 

Cette technique est également connue sous le nom de crédit lombard. Elle est traditionnellement réservée aux clients des banques privées disposant d’une grande surface financière (plusieurs millions d’euros). Boursorama est à ma connaissance la seule banque proposant ce type de crédit au « grand public ». Votre PEA peut ainsi vous servir à obtenir un crédit ultra compétitif. Pour en savoir plus, je vous invite à lire mon article sur le crédit lombard Boursorama.

Les défauts du PEA Boursorama

Le manque de choix dans les actions étrangères 

Sur un PEA, toutes les actions d’entreprises de l’Union européenne peuvent en théorie être achetées. En pratique, rares sont les courtiers offrant un accès à l’ensemble des marchés de l’Union. Boursorama ne fait pas exception sur ce point. Certains pays sont tout simplement oubliés. Pour d’autres, le choix est restreint aux titres présents dans les grands indices.

Je regrette personnellement que les très intéressants marchés scandinaves ne soient pas accessibles chez Boursorama. Par exemple, n’espérez pas investir dans les très vertueux géants de l’énergie nordiques. Le danois Ørsted ou le norvégien Equinor ne sont pas accessibles chez Boursorama. 

Passage d'ordre : erreur sur valeur étrangère
C’est généralement lors du passage d’ordre que l’on se rend compte qu’une action n’est pas négociale chez Boursorama.

Vous avez tout de même accès chez Boursorama aux marchés allemand, italien, espagnol, néerlandais, etc. Mais attention, tous les titres présents sur ces places ne sont pas négociables pour autant. En clair, uniquement les grands indices des grands pays européens sont disponibles chez Boursorama. Ça ouvre déjà pas mal de possibilités. J’ai d’ailleurs établi une liste d’actions relativement « exotiques » négociables avec un PEA Boursorama. 

Afin de d’exposer aux marchés internationaux, il est également possible d’investir à l’internationale avec des ETF Nasdaq 100, World ou Asie. Boursorama offre en effet accès à des nombreux ETF internationaux éligibles au PEA.

CW8 chez Bourso
Le fameux CW8 (ETF Monde d’Amundi) est accessible avec un PEA Boursorama. Il en va de même pour l’EWLD (l’équivalant chez Lyxor). Signalons aussi PAASI chez Amundi permettant de s’exposer à l’Asie (y compris la Chine).

Comment palLier ces limitations ?

N’espérez pas pouvoir accéder à plus d’actions sur votre compte titres ordinaire (CTO) Boursorama que sur votre PEA. Les marchés européens accessibles y sont les mêmes. Vous pouvez bien entendu sur votre compte titres accéder aux marchés américains qui offrent un choix incroyable, mais si la pépite qui vous intéresse se trouve en Europe et qu’elle n’est pas accessible en PEA chez Boursorama, elle ne le sera pas non plus avec le CTO Boursorama.

J’ai personnellement dû investir sur mon compte titres Saxo plutôt que sur mon PEA dans plusieurs entreprises qui y seraient pourtant éligibles. C’est en particulier le cas du fabricant danois d’éoliennes Vestas Wind ou l’éditeur de logiciel finlandais Qt Group. Pour ouvrir un CTO, j’aurais aussi pu choisir Degiro ou Interactive Broker : ils sont encore moins chers que Saxo et offrent plus de choix. Malheureusement, l’absence d’IFU (Imprimé Fisscal Unique envoyé au fisc chaque année) m’en a toujours dissuadé. 

Quoi qu’il en soit, il est bien dommage de ne pas profiter des avantages fiscaux du PEA, mais ayant une optique buy and hold, le frottement fiscal est très réduit pour moi. Le plus dommage à vrai dire, c’est de ne pas bénéficier du plafonnement des frais d’ordre de 0,5%. Sur compte titres, les frais sont libres et l’accès aux marchés étranger est souvent très cher, surtout si vous passez de « petits ordres ».

Les ralentissements les jours de krach

C’est un truc que seule l’expérience peut apprendre. En cas de krach, lorsque la presse parle de fin de monde et que la bourse est rouge vif, de nombreux investisseurs se connectent au même moment à leur compte. Certains pour suivre la débâcle en direct, d’autres pour acheter à bon compte, d’autres enfin pour liquider ce qui peut l’être. Peu importe à vrai dire, il y a énormément de monde qui se connecte les jours de tempête. 

Sur ce plan, Boursorama ne brille pas par se résilience. Il arrive fréquemment que le site soit extrêmement lent ou même indisponible pour des mouvements de marché assez communs (baisse journalière de 4% à 5% du CAC par exemple). Ça peut être frustrant de se retrouver bloqué alors que vous voulez acheter pour profiter des « soldes ». Ça peut être encore plus problématique de ne pas pouvoir couper ses positions si on le désire (même si la vente en panique est rarement une bonne idée). 

Quoi qu’il en soit, vous devez vous préparer à ce que l’accès à votre compte soit impossible les jours de fortes turbulences. Ce fut régulièrement le cas en février 2020 pendant la première phase de la crise Covid.

Conclusion : le PEA Boursorama reste l’un des meilleurs choix

Boursorama présente une offre de PEA globalement très satisfaisante. Ce n’est certes pas la moins chère, mais le plafonnement des frais de courtage par la loi Pacte rend les différences de tarifs négligeables pour la plupart des clients. Boursorama ne donne pas non plus accès à tous les marchés européens comme on pourrait en rêver, mais très rares sont les banques à offrir un choix beaucoup plus large. 

Boursorama se révèle également efficace dans le traitement des opérations sur titres, des introductions en bourse, des détachements de droits et des questions de fiscalités. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous les courtiers.

Enfin, pour moi le principal avantage de Boursorama est tout simplement d’être une bonne banque en général. En dehors de la bourse, Boursorama est en effet ma banque principale avec un crédit immo en cours. Les tarifs sont au plancher et les services efficaces. Avoir son PEA dans sa banque principale présente des avantages en termes de facilité, mais aussi en termes d’accès au crédit (en particulier le crédit lombard dont on a déjà parlé).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *